PACASEN : Tambacounda au cœur de la réflexion sur l’avenir de la gouvernance territoriale au Sénégal

PACASEN : Tambacounda au cœur de la réflexion sur l’avenir de la gouvernance territoriale au Sénégal

Entre bilan, capitalisation des acquis et perspectives, les acteurs territoriaux des régions de Tambacounda et de Kédougou se retrouvent pour penser une nouvelle étape de la décentralisation

TAMBACOUNDA — C’est dans une atmosphère à la fois institutionnelle et empreinte d’une forte dimension territoriale que s’est tenu à Tambacounda un important atelier consacré au bilan, aux acquis et aux perspectives du Programme d’Appui aux Communes et Agglomérations du Sénégal (PACASEN).

Au cœur du Niani, terre traditionnellement associée à la bravoure, à la dignité et à l’engagement communautaire, la rencontre a réuni les principaux acteurs de la gouvernance territoriale autour d’une question essentielle : comment consolider les acquis de la décentralisation et rendre l’action publique locale encore plus efficace, plus proche des citoyens et davantage adaptée aux réalités des territoires ?

La rencontre intervient après huit années de mise en œuvre du PACASEN. Elle constitue ainsi un moment privilégié de bilan, mais surtout de réflexion sur les enseignements à tirer de l’expérience accumulée et sur les améliorations à apporter à une éventuelle deuxième phase du programme.

Une décentralisation confrontée à des défis structurels

Le constat posé à l’ouverture des travaux est sans ambiguïté : malgré l’importance stratégique des collectivités territoriales dans l’architecture institutionnelle du Sénégal, leur pleine capacité à exercer leurs responsabilités demeure confrontée à plusieurs contraintes.

La première concerne l’insuffisance des ressources financières transférées par l’État, à laquelle s’ajoute une mobilisation encore limitée des ressources propres des collectivités.

La deuxième difficulté réside dans les capacités techniques et managériales, qui restent parfois insuffisantes pour permettre aux collectivités d’assurer efficacement la réalisation des infrastructures et la fourniture des services sociaux de base.

Enfin, le dispositif central chargé d’accompagner et de piloter les réformes de décentralisation doit lui aussi continuer à renforcer ses capacités techniques, financières et institutionnelles.

Ces contraintes montrent toute la pertinence des réformes engagées par l’État du Sénégal pour renforcer progressivement les responsabilités, les compétences et les moyens des collectivités territoriales.

Le PACASEN, un changement de méthode dans l’accompagnement des collectivités

C’est dans ce contexte que le PACASEN s’est progressivement imposé comme un instrument majeur de modernisation de la gouvernance locale.

Mis en œuvre avec l’appui de la Banque mondiale et de l’Agence française de développement (AFD), le programme poursuit un objectif central : améliorer le financement des collectivités territoriales et renforcer leur performance dans la gestion des investissements publics locaux.

Sa particularité réside notamment dans son mécanisme de financement fondé sur la performance.

Le programme combine deux instruments complémentaires.

Le premier, le Programme pour les Résultats (PPR), lie les décaissements à l’atteinte d’indicateurs précis, à travers un système d’évaluation reposant notamment sur des conditions minimales obligatoires et des indicateurs de performance.

Le second instrument est consacré à l’investissement financier, à l’assistance technique, au renforcement des capacités institutionnelles et à l’accompagnement des réformes.

Cette approche a contribué à faire évoluer progressivement les pratiques de gestion locale, en plaçant davantage la performance, la transparence, la planification et la redevabilité au centre de l’action des collectivités.

Des acquis qui dépassent les seules communes pilotes

Le PACASEN a initialement concerné 124 communes et villes pilotes. Mais ses effets ont progressivement dépassé le périmètre des collectivités directement bénéficiaires.

Parmi les acquis mis en avant figurent notamment une meilleure responsabilisation des acteurs de l’administration centrale, une clarification des rôles dans l’accompagnement des collectivités et une amélioration des pratiques de gestion conformément au cadre réglementaire.

Le programme a également favorisé une meilleure articulation entre décentralisation et déconcentration, en renforçant le rôle des acteurs territoriaux dans l’accompagnement des communes.

Autre innovation importante : l’expérimentation du budget-programme par les collectivités territoriales, ainsi que le renforcement des connaissances des élus sur les mécanismes de gouvernance locale.

La mise en œuvre des PARCA, l’amélioration des mécanismes de maîtrise d’ouvrage déléguée et de l’assistance à la maîtrise d’ouvrage, avec une meilleure prise en compte des dimensions environnementales et sociales, constituent également des avancées significatives.

Des financements désormais plus prévisibles

L’un des enseignements majeurs du PACASEN concerne également la transformation progressive du système de financement des collectivités.

La restructuration du Fonds d’Équipement des Collectivités Territoriales (FECT) a notamment permis de mettre en place une dotation basée sur la performance, reposant sur des critères plus clairs et partagés.

Cette réforme a contribué à améliorer la prévisibilité des montants et des délais de mise à disposition des ressources.

À cela s’ajoutent l’augmentation des transferts financiers de l’État vers les communes, la valorisation de la patente à travers les mécanismes liés à la valeur ajoutée et à la valeur locative, ainsi qu’une plus grande transparence dans la répartition des ressources.

Derrière ces mécanismes financiers se trouve une ambition simple mais fondamentale : permettre aux collectivités de mieux prévoir, mieux programmer et mieux réaliser leurs investissements au bénéfice des populations.

Tambacounda et Kédougou : des territoires au cœur de la capitalisation

L’importance de l’atelier prend une dimension particulière dans les régions de Tambacounda et de Kédougou.

Dans la région de Kédougou, les communes de Kédougou, Salémata et Saraya figurent parmi les collectivités cibles.

Dans la région de Tambacounda, l’expérience concerne notamment Bakel, Diawara, Goudiry, Koumpentoum et Tambacounda.

Ces territoires constituent aujourd’hui de véritables espaces d’observation des effets du programme.

Ils permettent de mesurer concrètement ce que les réformes et les mécanismes de financement ont changé dans les pratiques locales, mais aussi d’identifier les limites rencontrées sur le terrain.

L’enjeu n’est donc pas uniquement de dresser un bilan administratif. Il s’agit surtout de faire parler l’expérience des territoires, de documenter les réussites, de comprendre les difficultés et de transformer les enseignements tirés du terrain en nouvelles solutions.

Le maire Papa Banda Dièye : la voix d’une gouvernance locale tournée vers l’action

Dans cette dynamique, la contribution du maire de la commune de Tambacounda, Papa Banda Dièye, prend une résonance particulière.

À travers sa participation et son discours, l’édile met en avant la nécessité de placer les collectivités au cœur des politiques publiques et de donner aux élus locaux les moyens d’agir efficacement au service des populations.

Son intervention s’inscrit dans une vision de la gouvernance locale où la décentralisation ne doit pas être perçue comme un simple transfert administratif de compétences, mais comme un véritable outil de transformation des territoires.

Pour les collectivités, la question est concrète : disposer de ressources prévisibles, de capacités techniques renforcées et d’un accompagnement institutionnel efficace afin de pouvoir répondre aux attentes des citoyens.

À Tambacounda, comme dans de nombreux territoires du Sénégal, les populations attendent en effet des résultats visibles : des infrastructures, des services publics de qualité, une meilleure planification urbaine, une gestion transparente et des investissements répondant réellement aux besoins locaux.

La voix du maire rejoint ainsi une préoccupation centrale de l’atelier : faire en sorte que les réformes produisent des effets tangibles dans la vie quotidienne des citoyens.

Un nouveau défi : intégrer le climat et le genre

Le bilan du PACASEN intervient également dans un contexte marqué par de nouveaux défis.

Face aux résultats enregistrés, le Gouvernement du Sénégal et ses partenaires techniques et financiers ont convenu d’un financement additionnel de deux ans, approuvé par le Conseil d’administration de la Banque mondiale le 22 juin 2024.

Cette nouvelle étape entend notamment intégrer de manière transversale les enjeux liés au changement climatique et au genre dans les politiques publiques locales et les investissements territoriaux.

Le processus d’élaboration des plans climat territoriaux a déjà été engagé pour environ 40 % des collectivités territoriales bénéficiaires du PACASEN.

L’objectif est désormais de renforcer les capacités des acteurs afin de permettre une véritable territorialisation de l’action climatique et une meilleure prise en compte de la Contribution déterminée au niveau national (CDN).

Pour des régions comme Tambacounda et Kédougou, confrontées à des enjeux environnementaux et socio-économiques spécifiques, cette orientation apparaît particulièrement stratégique.

Préparer une éventuelle deuxième phase

Après huit années d’expérience, l’heure est désormais à la capitalisation.

Les acteurs réunis à Tambacounda sont invités à dépasser le simple exercice de bilan pour identifier ce qui doit être consolidé, amélioré ou réformé.

Les retards, les lenteurs administratives, les difficultés d’exécution et certaines inefficiences organisationnelles doivent notamment être documentés afin d’éviter leur reproduction dans une nouvelle phase.

Cette démarche est essentielle : un programme ne se mesure pas seulement à ses réalisations, mais aussi à sa capacité à apprendre de ses propres limites.

La réflexion engagée à Tambacounda peut ainsi contribuer à la conception d’une éventuelle seconde phase du PACASEN, plus proche des réalités locales, plus agile dans son fonctionnement et davantage orientée vers les résultats.

L’ARD, les services déconcentrés et les élus : un partenariat indispensable

L’expérience du PACASEN rappelle également que la réussite de la décentralisation ne peut reposer sur un seul acteur.

Elle nécessite une coopération permanente entre les élus locaux, les services de l’État, les agences régionales de développement, les partenaires techniques et financiers et les populations.

Dans ce dispositif, l’Agence régionale de développement (ARD) apparaît comme un maillon particulièrement important.

Présentée comme le « bras technique » des collectivités et comme l’un des acteurs essentiels de l’accompagnement territorial, l’ARD contribue à transformer les orientations politiques en projets opérationnels.

Cette complémentarité entre élus et techniciens, entre décentralisation et déconcentration, constitue l’une des conditions majeures d’une gouvernance territoriale efficace.

Vers des territoires plus résilients et plus performants

Au-delà des chiffres et des mécanismes financiers, le véritable enjeu du PACASEN demeure humain.

Derrière chaque investissement se trouvent des citoyens qui attendent une amélioration de leur cadre de vie. Derrière chaque réforme se trouvent des élus et des agents qui doivent disposer des moyens nécessaires pour accomplir leurs missions.

L’ambition affichée à Tambacounda est donc claire : construire des territoires plus résilients, plus inclusifs, plus transparents et plus performants.

L’atelier apparaît ainsi comme un espace de dialogue où les expériences locales peuvent nourrir les politiques nationales, et où les difficultés rencontrées peuvent devenir des opportunités d’amélioration.

Une reconnaissance aux acteurs du territoire

La rencontre a enfin été l’occasion de rendre hommage à l’ensemble des acteurs ayant contribué à la mise en œuvre du PACASEN.

Des remerciements particuliers ont été adressés à Monsieur Moussa Balla Fofana, Ministre de l’Urbanisme, des Collectivités Territoriales et de l’Aménagement des Territoires, pour son engagement dans la mise en œuvre du programme.

Les partenaires au développement, notamment la Banque mondiale et l’AFD, ont également été salués pour leur accompagnement et leur confiance renouvelée.

Les autorités administratives, les gouverneurs, les services déconcentrés, les élus locaux, les ARD et l’ensemble des acteurs territoriaux ont été remerciés pour leur implication.

Tambacounda, laboratoire d’une nouvelle ambition territoriale

Au terme des échanges, une conviction se dégage : le PACASEN aura contribué à faire évoluer la manière dont les collectivités territoriales envisagent leur développement, leur financement et leur performance.

Mais la réussite d’une prochaine étape dépendra de la capacité collective à tirer les bonnes leçons de ces huit années.

Tambacounda aura ainsi été, le temps de cet atelier, plus qu’un simple lieu de rencontre institutionnelle. La ville s’est affirmée comme un espace de réflexion sur l’avenir des territoires sénégalais.

Entre acquis à consolider, insuffisances à corriger et nouvelles ambitions à construire, le message est désormais clair : la décentralisation doit continuer à se rapprocher des citoyens et à produire des résultats concrets dans les territoires.

Et dans cette perspective, l’expérience de Tambacounda et de Kédougou pourrait bien constituer une précieuse source d’inspiration pour écrire la prochaine page de la gouvernance territoriale au Sénégal.

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Ousseynou Dieng Tambacounda/TAMBAACTU1

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